1ère STT : "Nationalités et nationalisme en Europe du milieu du XIXe à 1939" Sujet - La colonisation

Etude de cas

Calixte Lafosse, un Romanais, colon en Algérie"
Le document

Calixte Lafosse est né à Romans, quartier St-Nicolas, le 14 octobre 1842. Dans sa jeunesse, il apprend l'ébénisterie puis, en 1867, commence à publier " Jacquemart ", hebdomadaire républicain opposé au Second Empire, avec des articles écrits en " patois romanais " (occitan), ce qui lui attire des amendes et des périodes de prison, En 1871, il soutient la " Commune de Paris " puis devient, à plusieurs reprises, conseiller municipal de Romans, il se distingue alors par son esprit laïque voire anticlérical. En 1881, il part comme colon en Algérie où il épouse Marie-Julienne Nicolas, de Bourg-de-Péage. En 1890, la famille revient à Romans mais trois ans plus tard, elle repart pour l'Algérie. Devenu veuf, Calixte Lafosse décède le 2 octobre 1904, il laisse quatre enfants qui rentreront à Romans et à Bourg-de-Péage dans les années 1920.

LA FRANCE ET L'ALGERIE

Avant 1830, l'Algérie est un territoire de l'empire turc ottoman peuplé de Berbères (Kabyles) et d'Arabes. En 1830, débute la présence française. Jusqu'en 1848, la conquête se fait vers le sud, à l'exception de la Kabylie et malgré la résistance d'Abd El Kader vaincu par le général Bugeaud. Dans les années suivantes, partent les premiers colons, français, espagnols et italiens, mais aucune structure n'existe pour les accueillir, l'installation n'est pas toujours définitive : en 1846, 195 000 départs de France sont enregistrés pour 118 000 retours. Après 1838, l'Etat prend cependant en charge les infrastructures des villages créés. En 1848, la IIe République proclame l'Algérie " partie intégrante de la France ", elle est divisée en trois départements : Oran, Alger et Constantine. Après 1848, conquête et colonisation vont de paire pour occuper les terres indigènes dont certaines sont spoliées. [1851 : 2,3 millions d'indigènes / 131 000 colons dont 66 000 Français ]. Sous le Second Empire, l'Algérie passe sous administration militaire. La pacification se poursuit surtout en Kabylie avec la construction de fortins ( bordj ). Les colons arrivent nombreux mais beaucoup repartent en raison des difficultés liées au pays et aux relations avec les indigènes. Les départs de France s'expliquent par la mauvaise situation économique, en 1876, le phylloxéra ravage le vignoble français, ou la volonté des gouvernements d'éloigner des opposants politiques. En 1871, éclate une insurrection en Kabylie qui est réprimée : 500 000 ha sont confisqués et donnés aux Alsaciens-Lorrains. 1871 - 1885, c'est " l'Âge d'or " de l'émigration française, surtout des Méridionaux ( dont des Drômois ) regroupés parfois par département d'origine. 30 000 à 40 000 ha par an leur sont concédés gratuitement car la volonté du gouvernement est de réaliser un peuplement rural français. En 1881, 38 % des colons sont des ruraux, le gouvernement Jules Ferry favorise l'expansion coloniale, est alors édicté le " Code de l'Indigénat " : liste de 27 infractions particulièrement réprimées concernant les indigènes. 1901 : 4 millions d'indigènes / 630 000 colons. Pour le gouvernement, l'Algérie est pacifiée. Le colonat détient ¼ de l'espace agricole algérien mais 200 000 colons sont des citadins, la population rurale des colons stagne, la France renonce à la colonisation agricole. Pendant la Première Guerre mondiale, les troupes coloniales de l'armée française se battent sur tous les fronts : sur les 170 000 indigènes engagés 25 000 sont tués / sur les 155 000 européens d'Algérie, 22 000 sont tués. 1954 : début de la guerre d'Algérie puis indépendance en 1962.

CALIXTE LAFOSSE EN ALGÉRIE

En 1878, Calixte reçoit une lettre d'Algérie, où sont déjà installés des Romanais et des Péageois. Au printemps 1881, il fait une demande de concession pour 10 ans à Bordj-Bou-Arreridj, près de Constantine. En octobre, il quitte Romans pour Bordj où il a reçu " 34 ha de rural, 31 ares de jardin et 6 ares d'urbain ", avec " obligation de cultiver ". Il reçoit de France des ceps de vignes, 3000 seront plantés. Entre 1884 et 1888, à cause de l'hostilité du milieu et des Arabes, il demande à plusieurs reprise un agrandissement de sa propriété ; ce qui lui est refusé. En 1890, Calixte rentre à Romans avec sa famille et s'installe 6 rue de Royans, comme " ébéniste-antiquaire ". Il laisse la gestion de ses terres à son beau-père resté à Bordj. En 1893, il retourne à Bordj sur les instances de sa femme qui veut retrouver son père. Calixte reçoit de l'état une parcelle supplémentaire de 24 ha. En 1895, la récolte est bonne mais elle est dévastée par les Arabes, un canal est saboté, des vols sont commis sur ses terres, la sécheresse sévit. En 1899, Calixte s'installe comme ébéniste à Alger mais ses affaires vont mal ; il vend une partie de ses terres pour faire vivre sa famille. Les difficultés s'aggravent, sa femme meurt en 1903, Calixte l'année suivante.

" [] C'est à Bordj-Bou-Arreridj qu'ils vinrent tous s'installer. Mon père n'était pas agriculteur, c'est pourquoi, dès les débuts, il eut beaucoup d'ennuis avec les habitudes du pays, le climat et les indigènes, c'est enfin avec un indigène qu'il finit par s'arranger pour faire valoir ses terres au 2/5 car il était seul pour tant de terre. [ Ma mère avec trois enfants ] ne pouvait plus lui aider à faire valoir 48 ha de terre, ayant par la suite tombé sur deux années de sécheresse et une année de sauterelles, il dut abandonner la partie et vendre ses terres [ à la fin de sa concession, en 1890 ]. [ Nous sommes retournés à Bordj en 1893 avec une nouvelle concession ], la malchance s'en suivit tout le temps, la sécheresse, les sauterelles dévastèrent nos récoltes, à peine quelques années favorables. En 1895, mon père eut une belle récolte de blé mais nous sommes volés par les Arabes qui nous enlevèrent le blé la nuit. Quoique n'ayant encore que 8 ans, je veillais avec mon père sur les travaux des champs. Je prends les fièvres du pays. En 1896, mon père fit un grand canal qui nous permettrait d'avoir davantage d'eau car dans ces pays l'eau est le principal. [ Lasse de cette vie ] en 1897, ma mère voulut prendre un commerce en ville, on continua tout de même à faire valoir nos terres mais, n'étant plus sur place, les vols se multiplièrent. Les sauterelles cette année-là firent le coup de grâce. En 1898, il fallut tout vendre, pour finir de payer la dette que mon père avait contracté pour construire sa maison []. Mon père voulut tenter sa chance, il partit pour Alger dans l'intention de se monter un atelier d'ébénisterie mais il n'y resta pas un an, n'étant pas connu, l'argent lui faisait souvent défaut. Loin de sa famille, le chagrin le prit, il céda son fond et revint à Bordj. Il se laissa aller sans espoir malgré les encouragements de ma mère et de mon grand-père. Ma mère malade depuis quelques temps mourut en 1903, à l'âge de 33 ans, en laissant 4 enfants, jeunes encore. Il m'a fallu mener comme j'ai pu la maison et le commerce car mon père ne put se surmonter à ce malheur, il resta un an malade et finit par mourir de chagrin []. " Emile Lafosse, Journal

Réponds aux questions portant sur le document

Question 1 : sur une frise chronologique, place les étapes de la vie de Calixte Lafosse.

Question 2 : sur la carte, ci-dessous, trace les déplacements de Calixte Lafosse cités dans les textes et localise Bordj-Bou-Arreridj.

Question 3 : à partir des statistiques données par les textes, dessine les histogrammes de l'évolution de la population de l'Algérie.

Question 4 : cite les passages des textes expliquant les raisons pour lesquelles des Européens partent s'installer en Algérie ? Partent-ils seuls ?

Question 5 : quelles activités économiques les autorités françaises veulent-elles favoriser ? Les colons sont-ils définitivement propriétaires des terres ? D'où viennent ces terres ?

Question 6 : la vie des colons est-elle facile ? Cite les passages des textes décrivant ces difficultés ? Pourquoi Calixte Lafosse rencontre-t-il davantage de difficultés que d'autres ? Qui est Emile Lafosse, l'auteur du " Journal " ? Quelle est la valeur de son témoignage ?


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